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Murabaha : acheter à crédit sans emprunter

Le financement le plus répandu de la finance islamique repose sur une vente, pas sur un prêt. Ce qui change pour l’acheteur, et les points à vérifier.

28 octobre 2026 · 2 min de lecture · Contrats de financement

Une personne veut acheter une voiture à 20 000 € sans avoir la somme. Avec un crédit classique, la banque lui prête 20 000 € et elle rembourse davantage : le capital plus les intérêts. Avec une murabaha, la banque achète la voiture, puis la lui revend 22 000 €, payables en mensualités. Le montant final peut être le même. La nature du contrat, elle, change.

Une vente, pas un prêt

Le ribâ désigne tout surplus exigé en échange d’un prêt d’argent. Le Coran l’oppose au commerce :

Allah a rendu licite le commerce et illicite le ribâ.1

Coran, sourate 2, verset 275

La murabaha évite ce surplus parce qu’elle ne prête pas d’argent : elle vend un bien à un prix connu, son coût d’achat majoré d’une marge annoncée au client.

Les étapes

  • Le client choisit le bien et demande à la banque de le financer. Il peut promettre de l’acheter ensuite (waʿd).
  • La banque achète le bien au vendeur et en devient propriétaire.
  • La banque revend le bien au client : prix d’achat plus marge, tous deux écrits dans le contrat.
  • Le client paie en une fois ou par échéances. Le prix ne change plus.

L’ordre compte : la banque doit avoir acheté le bien, et en porter le risque, avant de le revendre2.

Ce qui la distingue d’un crédit

CritèreCrédit classiqueMurabaha
Objet du contratUn prêt d’argentLa vente d’un bien
Gain de la banqueDes intérêts sur la somme prêtéeUne marge sur le prix de vente
Montant totalPeut varier (taux variable)Fixé à la signature
Retard de paiementIntérêts de retard pour la banquePas de supplément pour la banque3

Les points à vérifier

La murabaha est critiquée quand elle n’est conforme qu’en apparence. Trois questions permettent de s’en assurer :

  • La banque a-t-elle réellement acheté le bien ? Sans propriété ni risque, l’opération redevient un prêt déguisé2.
  • Le prix est-il fixé une fois pour toutes ? Un prix qui augmente avec le retard rapproche l’opération de l’intérêt.
  • Le bien et le prix sont-ils décrits précisément ? Une incertitude sur l’objet ou le prix (gharar) rend le contrat invalide.

Autre critique fréquente : la marge est souvent calculée d’après les taux d’intérêt du marché. De nombreux savants l’admettent comme simple repère de prix, mais la pratique reste discutée.

Pour aller plus loin

Le glossaire présente les autres contrats de financement : l’ijara (location), la musharaka (association), le salam et l’istisna (ventes à livrer). Le tableau des normes AAOIFI, en bas de la page Glossaire, les range par famille.

Sources

  1. Coran, sourate 2 (al-Baqara), verset 275. ↩
  2. AAOIFI, norme charia n°8 « Murabaha » : l’établissement doit acquérir le bien et en avoir la possession avant de le revendre au client. ↩
  3. AAOIFI, norme charia n°3 « Débiteur qui tarde à payer » : une pénalité de retard éventuelle est versée à des œuvres caritatives, pas à l’établissement. ↩

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